5ème Rencontre du climat – Coût de l’inaction climatique : quels risques pour les entreprises ?
Getlink a organisé le 20 janvier 2026 la cinquième édition de ses Rencontres du Climat, un rendez-vous désormais installé dans le paysage du dialogue économique et climatique, consacré cette année à une question centrale pour les entreprises : « Coût de l’inaction climatique : quels risques pour les entreprises ? »
Fidèle à son ambition de contribuer à une réflexion fondée sur des éclairages académiques et scientifiques, cette rencontre s’inscrit dans le prolongement de l’initiative de recherche engagée par Getlink avec la Toulouse School of Economics (TSE) depuis 2022, dans le cadre de sa chaire Initiative for Effective Corporate Climate Action.
Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques, des contraintes budgétaires accrues et des enjeux de souveraineté renforcés, Yann Leriche, Directeur général de Getlink, a réaffirmé la pertinence de la stratégie climatique du Groupe, en soulignant les liens étroits entre transition énergétique, résilience économique et autonomie stratégique.
Animée par Vincent Ducros, Directeur du développement durable de Getlink, la table ronde a réuni autour de Yann Leriche :
- Christian Gollier, professeur et chercheur à la Toulouse School of Economics;
- Anne‑Sophie Alsif, associée et cheffe économiste du cabinet BDO France.
Les échanges ont porté sur les limites et les coûts économiques d’une action climatique insuffisante, ainsi que sur les leviers permettant de concilier efficacité environnementale, soutenabilité économique et acceptabilité sociale. La discussion s’est appuyée sur les travaux récents de Christian Gollier, et notamment sur son ouvrage publié en juillet 2025, Économie de l’(in)action climatique.
Donner un cap économique à l’action climatique
Christian Gollier a rappelé les enseignements clés de ses travaux, soulignant la nécessité d’un mécanisme robuste de sélection des actions de décarbonation, fondé sur leur coût d’efficacité. Face aux stratégies reposant uniquement sur la bonne volonté individuelle, qu’il qualifie de « héros climatiques » ; une planification centralisée ou une approche exclusivement techno-solutionniste, il a mis en avant le rôle central de la valeur du carbone comme repère objectif pour guider les décisions publiques et privées.
Cette approche permet, selon lui, d’orienter les investissements vers les actions les plus efficaces, d’éviter des dépenses excessives et de limiter les risques économiques liés à des choix mal calibrés. À horizon 2030 et 2050, la montée progressive de cette valeur du carbone constitue un facteur déterminant d’anticipation et de pilotage pour les entreprises engagées dans leur trajectoire de décarbonation.
L’engagement et l’approche pragmatique de Getlink
Yann Leriche a partagé la vision et l’expérience de Getlink, entreprise engagée de longue date dans une trajectoire pragmatique de décarbonation. Le Groupe a notamment mis en place un prix interne du carbone et développé des indicateurs innovants comme la marge décarbonée, afin d’éclairer ses décisions d’investissement et de concilier performance environnementale et compétitivité économique.
Cette approche vise à privilégier des actions dites « sans regret », telles que la sobriété énergétique, l’électrification progressive des usages ou le renouvellement raisonné des équipements, tout en tenant compte des contraintes opérationnelles et de la forte intensité concurrentielle des marchés sur lesquels le Groupe opère notamment face aux ferries.
Parallèlement aux enjeux de transition, Getlink agit également sur l’adaptation aux risques physiques du changement climatique, en anticipant notamment les effets des épisodes de chaleur extrême ou des risques d’inondation avec des impacts sur les infrastructures et le matériel roulant.
La nécessité de structurer l’action climatique par une vision politique et industrielle
Anne‑Sophie Alsif a apporté un éclairage complémentaire issu de l’accompagnement de nombreuses entreprises, soulignant que le coût de l’inaction climatique se traduira, à moyen et long terme, par une fragilisation accrue des chaînes de valeur, des surcoûts opérationnels et des risques sectoriels différenciés.
Elle a également mis en évidence des trajectoires contrastées selon les zones géographiques, où les politiques de transition énergétique s’articulent de plus en plus avec des stratégies de souveraineté économique et industrielle, faisant de la transition climatique un levier de compétitivité à long terme, à l’instar des politiques industrielles menées en Chine notamment dans la filière des panneaux solaire.
Maintenir le cap dans un monde en transition
En conclusion, les intervenants ont souligné la nécessité de maintenir une vision de long terme, fondée sur la continuité des politiques publiques, l’innovation, l’investissement et une meilleure coordination des acteurs économiques. Dans un environnement incertain, la transition climatique demeure un enjeu structurant pour la résilience des entreprises et des territoires.